La session de clôture de la social academy met l'accent sur l'avenir numérique de la concertation sociale

La FEB clôture traditionnellement sa social academy par une séance d'envergure. Deux ténors se sont penchés sur la question suivante : " Le numérique est-il a priori une malédiction ou une bénédiction pour les relations du travail et le dialogue social ?" Chantal De Vrieze (CEO Altran Belux) et le vice-Premier ministre Alexander De Croo partageaient clairement une idée commune : le modèle professionnel actuel et la concertation sociale doivent placer l'individu au centre.

20 décembre 2016

La FEB clôture traditionnellement sa social academy par une séance d'envergure. Deux ténors se sont penchés sur la question suivante : " Le numérique est-il a priori une malédiction ou une bénédiction pour les relations du travail et le dialogue social ?" Chantal De Vrieze (CEO Altran Belux) et le vice-Premier ministre Alexander De Croo partageaient clairement une idée commune : le modèle professionnel actuel et la concertation sociale doivent placer l'individu au centre. 

Ce qui n'est pas encore numérique aujourd'hui, le sera sous peu. Et la concertation sociale n'échappe pas à cette évolution. "La numérisation change notre manière de travailler, de diriger, de collaborer, de partager des connaissances et des informations, de réseauter et de se concerter". C'est avec ces paroles que Bart Buysse (directeur général de la FEB) a introduit les deux orateurs. Dans quelle mesure devons-nous nous organiser autrement, adapter notre environnement de travail, réorienter nos compétences et aptitudes, créer le climat et la culture adéquats pour exploiter au maximum la numérisation comme une opportunité ? Et comment la concertation sociale peut-elle être un levier et un catalyseur de changement dans ce contexte ? 

Vers une concertation sociale 'individualisée'
Chantal De Vrieze est convaincue que la numérisation présente de nombreux avantages au niveau de la santé, des connaissances, de la mobilité, du confort et de la sécurité, ... mais elle est aussi source d'insécurité et d'inquiétude. La numérisation fait croître la demande de flexibilité, du côté tant des travailleurs que des entreprises. "Un cadre législatif et social adapté s'impose afin d'ancrer cette évolution positivement et durablement dans notre société."

Les 850 collaborateurs d’Altran, dont 98% d’ingénieurs, sont depuis des années témoins et acteurs de la numérisation à tous les niveaux de l’entreprise. Le plus grand défi : attirer et retenir les jeunes talents. “L’implication du personnel au sein de l’entreprise est donc pour nous une priorité. Le dialogue social doit être vrai et efficace. La concertation sociale ne peut être une lourdeur pour l’entreprise, elle doit être une opportunité. Actuellement, le dialogue social n’est pas optimal. Les syndicats campent trop souvent sur leurs acquis et ne souhaitent que trop modérément des évolutions constructives, dans l’intérêt de tous.”

La numérisation de la société génère une nouvelle génération de personnes, de collègues et de travailleurs. Les jeunes d'aujourd'hui n'attendent pas que 'quelqu'un' leur propose un changement. Ils veulent contribuer activement à la construction du monde de demain. "Cela doit nous faire réfléchir à cette nouvelle génération et à leurs attentes professionnelles. La numérisation peut aider dans la ‘guerre des talents’ et le développement de formes innovatrices de travail et d'organisation du travail."

Le nouvel employé appelle une nouvelle forme de concertation sociale, recentrée sur l’individu. Et le défi est de taille quand on sait que depuis plus de 200 ans, celle-ci s’est construite sur la notion de groupes, d’égalité plutôt que d’équité entre les travailleurs. “Le rapport de force va changer. Nos relations employés-employeurs s’individualisent. La question est posée aux partenaires sociaux : comment faire face au défi de la définition de nouvelles normes sociales adaptables à des situations de plus en plus spécifiques ?”

Investir dans les compétences et la confiance
Alexander De Croo ne prévoit absolument pas de scénario catastrophe. Au cours des cent dernières années, la technologie n'a fait que créer des emplois et en remplacer des pénibles par des meilleurs. "La vraie question est : quelle peut être notre valeur ajoutée en tant qu'être humain ? Nous devons apprendre à nos enfants ce que les machines ne pourront faire. Ainsi, la capacité analytique devient une aptitude importante. Mais il faut accorder au moins autant d'attention à la créativité et à l'empathie." La numérisation créera de nouveaux emplois, cela ne fait aucun doute (de 43.000 à 300.000 en fonction des études). Le véritable défi consistera à investir dans les compétences et les aptitudes. Former les générations actuelles et futures et les préparer à la nouvelle réalité numérique demandera des efforts énormes, mais indispensables. Or, le ministre estime que ce débat fait défaut dans la concertation sociale.

Il reste convaincu de la valeur de la concertation sociale, mais attire l'attention sur le contexte changeant. Il y a moins de budgets pour tenter d'influencer les accords et de plus en plus de thèmes sociétaux pertinents, tels que l'allongement des carrières, sont à peine abordés. "Je ne crois pas que le système en cascade (niveau interprofessionnel, sectoriel, de l'entreprise) puise encore fonctionner. Les entreprises relèvent de moins en moins d'un seul secteur, de plus en plus d'accords acceptables au niveau de l'entreprise sont bloqués à un échelon plus élevé (pensons par exemple au travail de nuit, à l'e-commerce). Dans les faits, la concertation se déplace déjà vers les entreprises. Cela signifie que les niveaux sectoriel et interprofessionnel doivent jouer un autre rôle."

Enfin, le ministre a insisté sur la nécessité d'accroître la confiance. La législation, le modèle de concertation, ... sont trop axés sur la méfiance. On y décrit ce qui est permis et tout le reste est interdit. Cela ne fonctionne plus. "Les gens veulent plus de liberté, ils veulent décider eux-mêmes. Il appartient aux pouvoirs publics d'intervenir uniquement en cas de dérapage. Ils doivent prendre plus de risques, oser expérimenter. Et cela vaut aussi pour la concertation sociale, qui doit à nouveau se fonder sur la confiance. De nature, les Belges sont des gens faciles, très pragmatiques et capables de beaucoup de choses si on leur en donne la liberté. Utilisez la technologie et la numérisation comme un levier et non comme un alibi pour se réfugier derrière une méfiance mutuelle."

C'est le public qui a eu le dernier mot lors d'une vase séance de questions-réponses dirigée par Sige Mariën (director consulting SD Worx), partenaire structurel de la social academy. Ensuite, le marionnettiste bruxellois Armand Schreurs s'est chargé d’apporter une touche et un résumé humoristique.

> Vous trouverez plus d’information sur la saison écoulée de la social academy sur le site www.socialacademy.be
> Vous souhaitez plus de détails sur le programme de 2017 ? Abonnez-vous gratuitement à la newsletter


Nos partenaires

Domaines d'action

Un environnement entrepreneurial optimal est essentiel à une économie saine et à une croissance durable. La FEB entend contribuer à la création et au maintien d'un tel environnement, notamment en suivant attentivement tous les dossiers qui touchent de près la vie des entreprises. Voici, regroupés sous 18 thèmes, les dossiers sur lesquels elle concentre ses réflexions et initiatives.

Newsletter FEB IMPACT

Inscrivez-vous et recevez chaque semaine, dans votre boîte mail, les derniers articles parus.