Un potentiel de croissance plus élevé requiert aussi des investissements publics

Ce matin, j'ai lu avec beaucoup d’intérêt une opinion parue dans De Tijd et rédigée par le collaborateur de la CSC Renaat Hanssens, qui affirme qu'il faut intensifier les investissements publics pour stimuler davantage la croissance économique. A la surprise de certains, la FEB a déjà défendu cette position par le passé, car elle se justifie économiquement en raison des faibles taux d’intérêt. Nous sommes d'accord sur le fond du problème : les règles budgétaires européennes sont trop rigides pour permettre des investissements publics productifs. Cela ne signifie toutefois pas qu'il faut subitement considérer tous les investissements comme des dépenses uniques afin de les exclure complètement du solde structurel. Cela reviendrait en effet à ouvrir grand la porte.

Pieter Timmermans, ADMINISTRATEUR DÉLÉGUÉ
07 juillet 2016

La FEB a toujours affirmé que le taxshift ne suffit pas pour accélérer la création d’emploi. Elle n'est pas la seule. Ainsi, le gouvernement canadien a profité des taux d’intérêt peu élevés pour emprunter à moindre coût, dans le but de financer des programmes d’investissement économiques. Cela ne signifie toutefois pas que notre pays peut impunément accroître son endettement. En effet, si notre taux d'endettement actuel de 106% n'est pas venu tout seul, il ne disparaîtra pas tout seul non plus.

Pourtant, l'Europe nous empêche de profiter des taux d'intérêt actuels très bas pour réaliser certains investissements dans un cadre budgétaire raisonnable, notamment dans le domaine de la mobilité. Étant donné l’état déplorable de notre réseau tant routier que ferroviaire et les nombreux ‘missings links’ dans notre infrastructure, des investissements ciblés et productifs s’imposent par exemple au niveau de l’infrastructure. D’ailleurs, personne ne le conteste.

Le problème évoqué par l’économiste de la CSC est donc bien réel : les règles européennes sont trop strictes. Elles ont certes été rédigées dans le but légitime d'éviter que les pouvoirs publics s'endettent trop, mais elles ont été poussées trop loin. Pour solutionner le problème, il suggère soit de considérer les investissements comme des dépenses uniques, soit d'adapter les règles comptables pour pouvoir les amortir sur 20 ou 30 ans par exemple. Ces propositions soulèvent toutes les deux de sérieuses objections.

Si l'on considère les investissements comme des dépenses uniques et si on les exclut dès lors du solde structurel, on ouvre trop grand la porte. En effet, le solde structurel serait en apparence toujours sain, alors que les besoins de financement réels et le taux d'endettement pourraient croître sensiblement. En outre, cela pourrait faire naître une tendance – ou plutôt une ‘tentation’ – de déguiser toutes sortes de dépenses courantes en dépenses d’investissement.

Si l'on veut modifier les règles comptables, on se heurte à des accords internationaux qui exigent que le 'cash out' effectif des pouvoirs publics soit suffisamment transparent pour pouvoir comparer au niveau international dans quelle mesure ils doivent faire appel aux marchés de capitaux internationaux. Un certain assouplissement de ces règles serait peut-être souhaitable, mais l’Europe devrait alors mettre son poids dans la balance auprès des instances statistiques internationales. Il s’agirait là d’un processus de plusieurs années pour des adaptations mineures.

C'est pourquoi la FEB aimerait formuler deux suggestions concernant une adaptation du Pacte de stabilité et de croissance, qui pourraient probablement être réalisées à relativement court terme. La première consiste à assouplir la ‘clause d’investissement’. Aujourd’hui, une exception ne peut être faite pour les investissements visant à stimuler la croissance que si la croissance économique est négative ou en présence d’un output gap de 1,5%.

Une seconde possibilité consiste, lors de l’évaluation du solde structurel, à faire d’office une exception pour les investissements ‘visant à stimuler la croissance’, et notamment ceux financés sur fonds européens. En effet, il est absurde que, d’un côté, l’Europe donne des subventions aux investissements pour les projets stimulant la croissance alors que de l’autre, elle freine ces investissements sur la base du Pacte de stabilité. Nous avons également  proposé cela dans une lettre adressée au président de l'Eurogroup, Jeroen Dijsselbloem, et aux commissaires européens Jyrki Katainen et Marianne Thyssen.

Je souscris pleinement à l’affirmation de l’expert de la CSC selon laquelle les règles comptables européennes sont trop strictes et qu’il faut intensifier les investissements publics. Contrairement à ce que l’on pense généralement, les syndicats et les employeurs peuvent donc s'accorder sur des principes économiques fondamentaux. En revanche, leurs opinions divergent quant à la mise en œuvre concrète des mesures. Reste donc à en débattre.


Nos partenaires

Domaines d'action

Un environnement entrepreneurial optimal est essentiel à une économie saine et à une croissance durable. La FEB entend contribuer à la création et au maintien d'un tel environnement, notamment en suivant attentivement tous les dossiers qui touchent de près la vie des entreprises. Voici, regroupés sous 18 thèmes, les dossiers sur lesquels elle concentre ses réflexions et initiatives.

Newsletter FEB IMPACT

Inscrivez-vous et recevez chaque semaine, dans votre boîte mail, les derniers articles parus.