Répondre au défi chinois

L’annonce récente, par le géant de l’e-commerce Alibaba, de créer un hub logistique européen à Liège démontre les opportunités que présentent les investissements chinois en matière de création d’activité économique et d’emplois en Belgique et en Europe. Cependant, les pratiques commerciales des opérateurs chinois, en particulier des entreprises publiques (SOEs), font l’objet d’une attention – sinon d’une méfiance – accrue en Europe. Le modèle de développement économique de Pékin, qui prône un capitalisme dirigé par l’État centralisateur, est une source d’inquiétude pour le monde des entreprises et les autorités européennes.

Thomas Julien, CENTRE DE COMPÉTENCE EUROPE & INTERNATIONAL
28 novembre 2018

La Chine est dans l’œil du viseur commercial de la Maison-Blanche pour cause de pratiques jugées déloyales telles que les transferts forcés de technologies et le vol de propriété intellectuelle. L’Administration Trump a déjà imposé des taxes douanières additionnelles de 10% à 25% sur plus de 250 milliards USD d’importations venant de Chine. Cette riposte est subie sans grande inflexion de la part des autorités à Pékin. Les Européens, confrontés aux mêmes difficultés, privilégient la voie multilatérale et engagent leur partenaire asiatique, encore hésitant, dans un laborieux processus de réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Trois problèmes majeurs sous-tendent l’insatisfaction croissante des pays industrialisés en Europe ou en Amérique du Nord face au rôle prépondérant de la Chine dans l’économie globale :

  1. La concurrence loyale. L’immixtion structurelle de l’appareil étatique du Parti communiste chinois dans l’économie domestique, par le biais de subsides, de structures financières ou de contrôle partisan des instances gouvernantes des sociétés privées, se heurte aux principes fondamentaux de la libre-entreprise et de la loi de marché qui définissent les économies libérales ‘occidentales’. Nous assistons, au contraire, à une consolidation de stratégies industrielles nationales dirigées comme le projet cadre « China Manufacturing 2025 » qui ambitionne de faire des entreprises chinoises des leaders mondiaux dans plusieurs secteurs high-tech. Cet objectif de modernisation industrielle lancé par les autorités publiques se traduit, notamment, par des restrictions d’accès au marché pour les investisseurs étrangers sur le front domestique et le rachat stratégique d’entreprises à haute technologie sur le front international.
  2. La réciprocité. Le traitement équivalent des investissements fait défaut. Nos investisseurs sont confrontés à de nombreux obstacles réglementaires et administratifs sur le marché chinois. Le fait que les exécutifs chinois et européens aient procédé à un échange d’offres relatives à un meilleur accès à leurs marchés respectifs, lors du dernier sommet annuel UE-Chine, est un premier pas encourageant dans les négociations pour un accord bilatéral d’investissement, lancées en 2013.
  3. La sécurité. Suite à plusieurs acquisitions chinoises ‘sensibles’ dans le domaine de la technologie ou des infrastructures critiques en Europe, plusieurs grands États membres de l’Union (France, Allemagne, Italie) ont exprimé leur volonté de voir s’établir un cadre européen de contrôle des investissements directs étrangers. Cette proposition, qui est en phase finale du processus législatif au niveau de l'UE, crée un système d’échange d’information, entre États membres et avec la Commission, sur les risques posés par ce type de participations ou d’acquisitions étrangères à l’encontre des intérêts essentiels des pays européens. Dans ce projet, une attention particulière doit être accordée à l’équilibre entre le maintien de l’ouverture aux investissements internationaux et les impératifs de sécurité nationale.

FEB – Les discussions sur la réforme de l’OMC et les négociations bilatérales UE-Chine sur un accord d’investissement, certes nécessaire, sont amorcées mais ne produiront pas de résultats probants dans l’immédiat. Dans la recherche du ‘level-playing field’, la question qui se pose aujourd’hui à nos décideurs politiques est celle des instruments permettant de répondre adéquatement à la puissance économique et commerciale de la Chine.


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