Le Pacte des générations aurait-il échoué ?

Commençons par (rappeler) la bonne nouvelle : le taux d’emploi des travailleurs belges de 55 à 64 ans a progressé de 13,1 points de pourcentage entre 2006 et 2016 (32% > 45,1%). Même si ce score se situe nettement en deçà de la moyenne UE-15 (45,2% en 2006 > 57% en 2016), cette évolution positive n’en demeure pas moins encourageante pour faire face au défi démocratique et pour sauvegarder notre modèle socio-économique.

Annick Hellebuyck, CENTRE DE COMPÉTENCE EMPLOI & SÉCURITÉ SOCIALE
08 mars 2017

Passons à la moins bonne nouvelle : selon une étude menée par l’UCL et l’UGent à la demande des autorités fédérales, cette augmentation du taux d’emploi des travailleurs de 55-64 ans s’expliquerait par la croissance économique plutôt que par les diverses mesures décidées par le(s) gouvernement(s) dans la foulée du Pacte de solidarité entre les générations. Ces mesures étaient pourtant destinées à retarder l’âge de départ effectif du marché du travail !

Les chercheurs ont analysé dans quelle mesure les restrictions apportées pour accéder aux emplois de fin de carrière, mais aussi les réductions de cotisations sociales en faveur des travailleurs âgés et le relèvement de l’âge de la retraite (pour les femmes entre 1997 et 2009) ont contribué à augmenter le taux d’emploi des travailleurs de 55 à 64 ans. Leur conclusion est rude : l’impact de ces mesures sur le taux d’emploi de ce groupe d’âge fut, soit positif mais de courte durée, soit négligeable.

En effet, aussi longtemps que d’autres réglementations entraînent les travailleurs vers l’inactivité, il est illusoire d’espérer un effet positif de mesures disparates sur le taux d’emploi. Ainsi, les réductions de cotisations sociales en fonction de l’âge auraient occasionné une hausse de 0,4% du taux d’emploi des 58-64 ans, mais les catégories d’âge juste inférieures au seuil de 58 ans auraient été davantage poussées vers la sortie. Résultat : un effet nul, et entre-temps un coût global très élevé pour la collectivité. Concernant les emplois de fin de carrière, les bénéficiaires n’ont globalement pas prolongé leur vie active au-delà de l’âge d’accès à la retraite anticipée, et ce en raison des conditions légales d’assimilation trop favorables en vue du calcul de la pension. Enfin, le relèvement progressif de l’âge de la retraite pour les femmes n’a eu qu’un effet marginal sur la prolongation de leur vie active. Environ 95% des femmes ne sont pas dans un statut d’emploi lorsqu’elles passent en retraite (anticipée).

FEB – Une double conclusion s’impose. En premier lieu, l’urgence absolue est d’améliorer la gestion des carrières, afin de maintenir dans l’emploi le plus longtemps possible une part substantielle de travailleurs âgés. En second lieu, les choix politiques doivent encourager l’activité jusqu’à l’âge de la retraite (formation continue, retraite partielle ….) et, impérativement, supprimer les incitants actuels à la sortie anticipée (barèmes en fonction de l’ancienneté, assimilation des périodes non travaillées pour le calcul de la pension …). Appel est donc lancé aux décideurs (politiques et partenaires sociaux) pour développer des politiques concordantes, afin d’éviter que les effets positifs de certaines mesures ne soient contrebalancés par des effets négatifs. 

Article écrit en collaboration avec Alice Defauw


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