Comment mettre un terme à l'économie de pénurie ?

Nulle part dans la zone euro le taux de vacance – à savoir le nombre d'emplois vacants en pourcentage du nombre total de postes (pourvus et non pourvus) – n'est aussi élevé qu'en Belgique. Un taux de 3,25% (soit environ 127.000 postes vacants !) veut dire que sur cent postes, plus de trois ne sont pas pourvus. Comment faire baisser ce pourcentage ?

Bart Buysse, DIRECTEUR GÉNÉRAL
16 octobre 2017

La Belgique occupe de loin la première place sur la liste des Etats membres de la zone euro ayant le taux de vacance le plus élevé. Chaque année, il ne cesse d'augmenter. L'Allemagne arrive en seconde position avec 2,65%, suivie des Pays-Bas et de l'Autriche avec un taux d'environ 2,5%. Ce taux élevé surprend lorsqu'on connaît les chiffres du chômage : avec un taux de 7,3%, la Belgique fait juste un peu mieux que la moyenne européenne (7,6%). Vu le nombre d'emplois vacants, dont un tiers ne requièrent ni diplôme ni expérience (!), plus d'un quart du nombre total de chômeurs pourraient trouver un emploi s'ils avaient le bon profil et étaient disposés à les accepter.

La pénurie sur le marché du travail ne cesse de croître sous l'influence du vieillissement de la population, qui libère des centaines de milliers de vacances. Elle est en outre renforcée par la croissance économique très intensive en main-d’œuvre en raison des mesures prises par le gouvernement en matière de coûts salariaux, qui résulte en une forte création d'emploi, plus précisément 220.000 emplois supplémentaires au cours de cette législature ! La création d'emplois est présente ... mais les employeurs recherchent désespérément des personnes qu'ils ne trouvent pas. Certains sont même contraints d'aller chercher à l'étranger.

Pour faire baisser le taux de vacance, une seule mesure ne suffira pas. Il faut opérer à plusieurs niveaux, avec un effort et une responsabilité partagés du politique, des employeurs, de l'enseignement et des demandeurs d'emploi eux-mêmes.

Ainsi, il est crucial que le politique garantisse la payabilité de la main-d’œuvre. Les mesures permettant de supprimer les freins à l'embauche, à l'emploi et à la mobilité augmentent les chances des demandeurs d'emploi. Le récent Accord estival du gouvernement contient des avancées à cet égard. Pensons par exemple à la poursuite de la réduction des charges via le taxshift, à la réintroduction de la période d'essai, à l'extension du travail intérimaire, aux jobs starter pour les jeunes et à l'élargissement de la notion d'"emploi convenable" (prenant désormais en compte tous les talents et compétences), toutes des mesures visant à faciliter l'emploi des demandeurs d'emploi (aussi les jeunes). En revanche, le modèle actuel de rémunération en fonction de l'ancienneté constitue un frein à l'embauche et à l'emploi des personnes plus âgées.

Supprimer l'inadéquation entre l'offre et la demande sur le marché du travail exige que les services régionaux de l'emploi misent plus que jamais sur la formation, la réorientation et une activation forte dans un souci d'employabilité, afin de diriger un maximum de demandeurs d'emploi vers les postes disponibles.

Il faut aussi un enseignement qui met pleinement l’accent sur les choix d'études, les compétences et les attitudes offrant plus de chances aux jeunes talents et les armant mieux pour l'avenir, complété par des stages qui enrichissent la formation et offrent une première expérience professionnelle. Dans cette perspective, la formation en alternance doit être encouragée et consolidée en tant que trajectoire de formation à part entière. L'enseignement doit également favoriser les orientations STIM. Répétons que les formations techniques ne sont absolument pas un 'second choix'. En effet, bon nombre d'employeurs sont à la recherche de profils techniques qualifiés. De même, il est important d'informer systématiquement les étudiants sur les perspectives et attentes sur le marché du travail et sur l'importance et les possibilités de l'entrepreneuriat. Des accords de coopération entre écoles et entreprises peuvent se révéler utiles à cet égard.

Par ailleurs, nous conseillons aux employeurs d'être ouverts, pour leurs emplois à pourvoir, à des demandeurs d'emploi qui ne correspondent peut-être pas à 100% au profil recherché, mais qui pourraient exercer la fonction moyennant une formation et un accompagnement par les services de l'emploi ou l'entreprise même et avec une période d’acclimatation. Dans ce cadre, des systèmes tels que la formation professionnelle individuelle (dont les conditions ont été assouplies, ce qui a boosté les demandes) ou la réintroduction de la période d'essai sont bien entendu une bonne chose tant pour les employeurs que pour les demandeurs d'emploi. Nombreuses sont les entreprises qui améliorent leur stratégie d'embauche et qui publient des vacances claires et attrayantes donnant un aperçu des valeurs et de la culture de l'organisation, ce qui enthousiasme davantage les candidats, ou qui travaillent à leur image d'employeur.

Enfin, les demandeurs d'emploi doivent eux aussi veiller à leur employabilité, être disposés à s'adapter en permanence et oser regarder au-delà d'un diplôme souvent obtenu depuis de nombreuses années ou d'un emploi longtemps exercé. Peut-être leurs talents et leur avenir se situent-ils dans une fonction ou un secteur auquel ils ne penseraient pas à première vue ? En effet, les plus grandes opportunités se cachent souvent dans la nouveauté et le changement ! Parfois, il faut oser se jeter à l'eau.


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