La relativité du métier lourd

Le débat sur les métiers lourds fait à nouveau couler beaucoup d’encre. Il y a quelque temps encore, c’était dans le cadre des négociations en vue de la formation du gouvernement et de la concertation entre les partenaires sociaux au sujet du renforcement des conditions d’accès pour le RCC (prépension) et les emplois de fin de carrière.

Bart Buysse, DIRECTEUR GÉNÉRAL
05 septembre 2016

Maintenant, c’est en fonction des réformes en matière de pension et des travaux tripartites du Comité national des Pensions. Même si les partenaires sociaux ont cette fois enregistré certaines avancées, nous devons une nouvelle fois constater combien il est difficile d’arriver à des accords concernant cette question délicate. Et ce, pour diverses raisons : 

1. Tout le monde exerce un métier lourd

C’est en tout cas ce que certains laissent entendre. Ils souhaitent une liste aussi large que possible de ‘travail pénible’. Tous les métiers renferment un aspect physique ou mental qui rend leur exercice plus lourd pour certaines personnes, et pas dans la même mesure pour tout le monde. Cela ne peut constituer en soi un motif de retraite anticipée. D’ailleurs, l’expérience du passé – souvenons-nous des discussions sur les métiers lourds dans le cadre de la prépension en exécution du Pacte de solidarité entre les générations – nous apprend que l’établissement d’une liste de métiers ou de critères s’avère très difficile, sinon impossible. 

Les réformes doivent assurer la pérennité financière de notre système de pension. L’objectif ne peut dès lors être de les vider de leur substance ou de les neutraliser par des régimes sur le ‘travail pénible. Si un régime est élaboré, celui-ci doit demeurer exceptionnel et nous devons savoir très précisément où il commence mais aussi où il s’arrête. Donc : pas de métier lourd pour tout le monde, ne pas ouvrir la porte toute grande avec des critères vagues auxquels chaque métier peut répondre, pas de régime sur la base de vraisemblances, de risques potentiels, d’impressions, d’éléments subjectifs ou autres qui ne sont pas mesurables. Mais bien un régime strict sur la base d’éléments scientifiques indiscutables. Ce régime ne peut en outre engendrer des charges administratives ou autres supplémentaires pour les employeurs. 

2. Les bœufs, et puis la charrue

Nous ne devons pas mettre la charrue avant les bœufs. Le bon sens veut que nous élaborions d’abord le nouveau régime général des pensions avant d’examiner où des adaptations ou des exceptions sont éventuellement nécessaires. Dans ce régime général, outre l’âge, les conditions de carrière et le régime des jours assimilés jouent également un rôle important. Tout comme les régimes existants du RCC et des emplois de fin de carrière pour les métiers lourds d’ailleurs : est-il sensé de prévoir encore un régime de pension spécifique en plus ? Cela ne peut pas non plus être le but de prendre en considération la « pénibilité des métiers » dans tous ces systèmes. Il n’est en effet pas envisageable de prendre la pénibilité en compte pour tous ces systèmes. Viennent par ailleurs s’ajouter l’approche concernant les risques psychosociaux, la prévention et le bien-être au travail et la politique plus large visant à décourager les départs anticipés et à maintenir les gens plus longtemps au travail, pas uniquement dans leur emploi actuel, mais éventuellement dans un autre, chez le même ou un autre employeur, dans le même ou un autre secteur. Ces aspects s’inscrivent dans le contexte de l’allongement de la carrière et de la politique des carrières, et ne constituent pas une raison pour introduire de meilleures conditions en matière de pension. 

3. La relativité du métier lourd

Plus le nombre de métiers ou d’activités considérés comme ‘lourds’ est élevé, plus le concept de métier lourd est vidé de sa substance et perd de sa valeur et de sa pertinence. Pire encore, si nous continuons à ajouter des métiers et des critères à la liste, le débat s’évanouira de lui-même. En effet, tout le monde sans exception exercera alors un métier lourd et relèvera du même régime. L’affaire sera ainsi directement réglée.

De plus, la perception de la ‘lourdeur’ varie fortement d’une personne à l’autre et en fonction du statut ou du contexte dans lequel on travaille ou on est actif. Comment se fait-il que ce qui est lourd pour un individu ne l’est pas pour un autre ? Comment expliquer que certains travailleurs n’en peuvent plus, alors que certains pensionnés sont plus actifs que jamais ? Cela dépend beaucoup de votre expérience et de votre cadre de référence personnels. Et n’oublions surtout pas le rôle positif du ‘travail’. C’est important si nous voulons que les gens aient envie de continuer à travailler.

4. Le changement, source de motivation

Si vous trouvez votre métier trop lourd ou pas assez captivant, vous pouvez toujours vous réorienter. Différentes personnes dans mon entourage ont changé d’emploi, mais aussi de secteur et de statut. Un technicien de maintenance peut devenir enseignant ou s’occuper du stock de pièces d’une entreprise. L’indépendant ou celui qui exerce une profession libérale peut opter pour un emploi dans le privé ou le secteur public. À l’inverse, de nombreuses personnes choisissent de devenir indépendantes en mettant à profit les connaissances et l’expérience qu’elles ont acquises en tant que travailleurs salariés ou fonctionnaires. D’autres encore transforment leur hobby ou leur rêve en une activité professionnelle en tant qu’indépendant à titre principal ou complémentaire.

Les personnes de plus en plus nombreuses à le faire témoignent de leur expérience positive. Parfois, ce qui paraît de prime abord un saut dans l’inconnu ou un retour en arrière s’avère un pas en avant, immédiatement ou à terme. Il faut sans doute que davantage de personnes tentent l’expérience du changement et osent franchir le pas. Cela élargit les horizons et crée de nouveaux défis et expériences passionnants. Les mesures qui favorisent la mobilité peuvent faciliter et renforcer cette démarche. Mais comme les entreprises, les travailleurs ne doivent pas attendre des autorités qu’elles règlent tout à leur place pour passer à l’action. Celles et ceux qui souhaitent du changement doivent également vouloir et oser le changement.


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