La grève ne favorise pas la création d’emplois, au contraire !

Malgré l’appel du gouvernement, les syndicats ont déserté la table des négociations à plusieurs reprises au cours des dernières semaines. Ils préfèrent l’action et la grève à la concertation, et ce, alors que nous traversons la plus grave crise économique depuis la Deuxième Guerre mondiale. C’est totalement incompréhensible... et surtout du jamais vu.


Pieter Timmermans, ADMINISTRATEUR DÉLÉGUÉ
18 mars 2021

La crise du coronavirus a fortement affecté le monde des entreprises. L’an dernier, notre économie s’est contractée de plus de 6%, soit une perte de quelque 25 milliards EUR. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises issues de nombreux secteurs luttent toujours pour leur survie. Et c’est précisément cette période extrêmement difficile que les syndicats choisissent pour paralyser économiquement notre pays plutôt que de négocier, parce qu’une augmentation salariale de 3,2% (soit 4 à 5 milliards EUR) serait insuffisante. En faisant cela, ils entravent non seulement la relance économique, mais aussi la compétitivité de notre économie et de nos entreprises à plus long terme. Pire encore, ils mettent à mal l’emploi.

L’emploi sous pression

Pour les syndicats, le grand coupable est la fameuse loi de 1996. Cette loi détermine les augmentations salariales maximales en plus de l’indexation en vue d’aligner l’évolution des coûts salariaux en Belgique sur celle des pays voisins. Cela est extrêmement important, car les entreprises belges opèrent dans une petite économie ouverte tournée vers les exportations. Si nos coûts salariaux dérapent, nous sommes confrontés à une perte considérable de compétitivité qui engendre, en bout de course, des pertes d’emplois sévères. Pourtant, cette loi tant décriée n’a pas empêché les syndicats de conclure deux accords interprofessionnels sous le gouvernement Michel. Alors pourquoi pose-t-elle soudain problème sous le gouvernement Vivaldi ?

Non pas 0,4% d’augmentation salariale, mais 3,2% !

Force est de constater que le modèle de concertation sociale se heurte à ses limites en raison d’un certain nombre de défaillances systémiques. L’une d’entre elles est l’indexation automatique des salaires, pratiquement unique au monde. Cette indexation fait croître les salaires de tous les travailleurs, quelle que soit la productivité de l’entreprise, du secteur ou du travailleur lui-même. Cependant, en raison de son caractère automatique, plus personne n’accorde aucune valeur à cette augmentation salariale de 2,8%, comme si l’argent nécessaire pour la payer tombait du ciel. Dans d’autres pays, les syndicats adhéreraient immédiatement à une augmentation salariale de 3,2% (0,4% de marge salariale + 2,8% d’indexation automatique). Mais ici, les syndicats semblent oublier que cette augmentation des salaires doit d’abord être couverte par une hausse de la production, des services et du chiffre d’affaires.

Une concertation constructive

Les employeurs restent disposés à revenir à la table des négociations pour chercher des solutions. L’expérience a en effet montré que la concertation donne de meilleurs résultats que les actions dans la rue ou dans les entreprises. Nous l’avons également confirmé au Premier ministre Alexander De Croo et au ministre du Travail Pierre-Yves Dermagne lors d’une discussion ouverte et constructive. Mais il est exclu que nous concluions un accord qui sape la compétitivité de nos entreprises. Nous devons dès lors mener les négociations sur la base de faits et de chiffres. Voir aussi notre publication « Imaginez… qu’on fasse sans la norme salariale » sur laquelle nous avons largement communiqué cette semaine. Et ceux-ci parlent d’eux-mêmes : aucun secteur ne se porte mieux aujourd’hui qu’avant la crise du coronavirus. Il y a bien quelques entreprises qui ont traversé la crise sans encombre. Pour ces entreprises, nous sommes prêts à prévoir un avantage ponctuel supplémentaire, tel qu’une participation bénéficiaire, un bonus collectif dans le cadre de la CCT 90 ou encore des chèques consommation. Ces instruments s’inscrivent parfaitement dans le cadre légal, tout en évitant de mettre notre économie « structurellement » en difficulté.

Faire grève n’est donc pas la solution. La meilleure option aujourd’hui consiste à se remettre autour de la table et à conclure un accord équilibré. Un accord qui, d’une part, protège la compétitivité de nos entreprises – et donc également l’emploi – et, d’autre part, octroie une augmentation salariale qui tient compte de la réalité socio-économique. Tel serait le fruit d’une concertation responsable.

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