L’inflation toujours en hausse bien que montrant quelques signes de ralentissement

Selon les derniers chiffres publiés par l’institut belge des statistiques (Statbel), l’indice des prix à la consommation, qui mesure le niveau général des prix en Belgique pour un panier de référence moyen de biens et services, a atteint un niveau de 115,74 au mois de décembre 2021 (base 2013 = 100). En base annuelle, cela représente une croissance des prix à la consommation de 5,7% ! Le taux d’inflation actuel se rapproche donc encore quelque peu du précédent record depuis le passage à l’an 2000, observé en juillet 2008, et qui avait vu grimper le taux d’inflation à 5,9%.


Christophe Ernaelsteen, CENTRE DE COMPÉTENCE ÉCONOMIE & CONJONCTURE
18 janvier 2022

Cette poussée d’inflation est principalement due à l’augmentation des prix de l’énergie (en base annuelle, +97,0% pour le gaz naturel, +44,1% pour l’électricité, +33,3% pour le fioul domestique, +22,6% pour le diesel et +22,3% pour l’essence). L’augmentation des prix pour ces cinq seuls produits contribue pour 3,52 points de pourcentage dans les 5,7% d’inflation mesurée ou, pour le dire autrement, est responsable de plus de 61% de l’augmentation actuelle de l’indice des prix à la consommation.

L’indice santé, utilisé notamment pour l'indexation des loyers, et l’indice santé lissé, servant de base à l’indexation des pensions, des allocations sociales et des salaires enregistrent également des augmentations de prix en accélération respectivement à 5,2% et 3,9%.

Cette poussée d’inflation va-t-elle se poursuivre ?

Le graphique le montre, selon les dernières prévisions du Bureau fédéral du Plan (BFP), l’inflation resterait supérieure à 5% jusqu’au mois de juillet 2022 pour ensuite revenir aux alentours de 2,5% vers la fin de l’année 2022. En ce qui concerne l’indice santé lissé, le BFP s’attend désormais à ce qu’il augmente de 6,7% au total pour 2021 et 2022. Toutefois, comme le reconnaît le BFP, ces prévisions sont entourées de beaucoup d’incertitude.

L’évolution de la crise sanitaire, la persistance des problèmes d’approvisionnement en matières premières et les pressions à la hausse sur les prix qu’elles entraînent (selon Statbel, les prix à la production, c’est-à-dire auxquels les entreprises s’échangent des biens et services, ont augmenté dans le secteur industriel de plus de 40% entre mai 2020 et novembre 2021), ainsi que la pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs économiques mettent momentanément sous pression la rentabilité de nos entreprises. Si, à cela, les entreprises doivent ajouter le coût de l’indexation des salaires (avec de tels taux d’inflation, le dépassement de l’indice pivot pourrait survenir de 2 à 3 fois par an), ces dernières risquent dans les mois à venir de n’avoir d’autres choix que d’augmenter leurs prix de vente venant par effet de second tour aggraver la situation actuelle.

Prévisions d’inflation de janvier 2022 du Bureau fédéral du Plan (taux de croissance en base annuelle)

Sources : Statbel et BFP.

Comprendre la situation au regard de la compétitivité

Rappelons que la hausse générale des prix n’est pas nécessairement problématique du point de vue de la compétitivité de nos entreprises, car il s’agit ici d’un phénomène mondial d’augmentation des prix touchant tant nos entreprises que les entreprises étrangères. Par contre, cela le devient lorsque les hausses de prix enclenchent, comme c’est le cas actuellement, via le système d’indexation automatique, une spirale d’augmentation « prix-salaires » avec, pour conséquences, des augmentations des prix et des salaires supérieures à celles observées chez nos voisins. Cette situation va augmenter notre handicap salarial, qui a été ramené à un peu plus de 10% au cours de la dernière décennie vis-à-vis de nos trois principaux partenaires commerciaux que sont l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Cette situation risque de dégrader notre compétitivité avec, à la clé, des pertes de part de marché, des faillites de nos entreprises et des pertes d’emplois.

La loi sur la sauvegarde préventive de la compétitivité de 1996, qui en Belgique encadre l’évolution des salaires, tient compte ex ante d’une marge de sécurité de 0,5% pour prévenir ce genre de cas. Or, dans un contexte de poussée de l’inflation tel que nous le connaissons aujourd’hui, cette marge risque d’être très insuffisante pour couvrir l’erreur de prévision. Complémentairement, la loi de 1996 intègre un mécanisme de correction ex post pour corriger la situation en cas de détérioration du handicap des coûts salariaux de la Belgique vis-à-vis de ses trois pays voisins depuis 1996. Toutefois, cette correction n’interviendra que dans un an lors du calcul, par le Conseil central de l’économie, de la marge maximale disponible pour l’accord interprofessionnel 2023-2024. Beaucoup d’entreprises risquent de ne pas tenir jusque-là.

FEB – La FEB demande par conséquent aux partenaires sociaux et au gouvernement de réfléchir d’urgence aux mesures possibles pour briser au plus tôt cette spirale « prix-salaires » et d’examiner quels mécanismes de correction intermédiaires pour sauvegarder la compétitivité pourraient être utilisés. Comme le dit l’adage, mieux vaut prévenir que guérir

Photo ©belga

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