La parentalité n’est pas l’affaire des femmes uniquement !

Juste avant les vacances de Noël, la Banque nationale de Belgique a publié une étude intéressante sur l’impact différent de la parentalité sur la carrière des femmes et des hommes (M. Nautet et C. Piton, How does parenthood affect the careers of women and men? NBB Economic Review, décembre 2021). Pour les hommes, la parentalité serait neutre ou donnerait même un élan à la carrière, alors que les femmes perdraient des opportunités de carrière à cause de la maternité et accéderaient de ce fait plus difficilement aux fonctions supérieures.


Monica De Jonghe, CENTRE DE COMPÉTENCE EMPLOI & SÉCURITÉ SOCIALE Hanne De Roo, CENTRE DE COMPÉTENCE EMPLOI & SÉCURITÉ SOCIALE
19 janvier 2022

Le regard de la société sur les femmes

L’étude montre qu’il y a plusieurs causes à cette différence, mais qu’elles se réduisent fondamentalement aux stéréotypes traditionnels. Il s’agit essentiellement d’un problème sociétal qui doit être abordé à la racine. L’appel des chercheurs à impliquer tous les acteurs de la société est totalement légitime. L’entourage (famille, amis, enseignants, etc.), les médias et l’influence sur le comportement et l’attitude dès le plus jeune âge joueront un rôle décisif. Ce n’est qu’ainsi que les femmes pourront elles-mêmes faire des choix en matière d’études, puis de famille, qui ne soient pas influencés par la vision qu’a la société du rôle des femmes dans la famille.

Les régimes de congé généreux perpétuent l’inégalité des genres

Remarquons que les chercheurs constatent aussi que les régimes de congé belges, qui doivent garantir un meilleur équilibre entre travail et vie privée pour les parents, ont eu l’effet inverse. Ils perpétuent les stéréotypes de genre au lieu de mieux répartir les tâches de soin entre les hommes et les femmes. Ce n’est pas si étonnant si l’on revient à l’origine de ces systèmes qui visaient surtout à attirer les femmes sur le marché du travail. La possibilité qui leur a été donnée de combiner travail et famille a fait augmenter fortement la participation des femmes au marché du travail (l’écart de taux d’emploi entre les hommes et les femmes est descendu de 33,5% en 1983 à 7,2% en 2019). Dans le même temps, les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel (42,5% des femmes contre 11,8% des hommes). Les décideurs politiques continuent aujourd’hui d’étendre et d’améliorer les régimes de congé, ce qui ne fait qu’accroître les inégalités de genre sur le marché du travail. Ce n’est donc pas la bonne approche !

Une réforme approfondie des congés est une étape importante

Il existe aujourd’hui différents régimes de congé destinés à faciliter la combinaison de toutes sortes de tâches de soins (famille, membre de la famille malade, soins aux personnes âgées, etc.) avec le travail. Une mère qui travaille et qui a un enfant peut réduire son temps de travail d’un cinquième pendant trois ans, simplement en combinant le congé parental et le crédit-temps. Les pères ont évidemment droit au même crédit, mais ils ne l’utiliseront pas de la même manière et certainement pas pendant de longues périodes consécutives. La liste des autres congés donnant également droit à une suspension complète ou partielle du contrat de travail est encore longue. Enfin, le choix politique de confier une partie des tâches de soins aux familles (garde d’enfants, aidants proches, assistance médicale, congé pour soins palliatifs, etc.) a créé une pression supplémentaire, car ce sont principalement les femmes qui assument des tâches de soins en plus de leur carrière professionnelle. La FEB demande depuis longtemps une réforme radicale, sans tabou, avec pour objectif important de parvenir à l’égalité des genres dans l’utilisation des congés. Il s’agit d’une étape importante pour que les carrières des femmes puissent enfin suivre le rythme de celles des hommes et que l’écart salarial se réduise davantage. L’accord gouvernemental fournit un cadre à cet effet. Il appartient à présent aux partenaires sociaux d’y travailler. Pour la FEB, la réforme doit se fonder sur les objectifs suivants : la mise en place d’un cadre simple et transparent pour les congés, qui favorise l’égalité des genres dans leur utilisation, veille à une organisation efficace du travail et offre des alternatives suffisantes en matière de garde d’enfants et de soins aux personnes âgées accessibles et de qualité, mais n’entraîne pas de coûts supplémentaires pour les pouvoirs publics et les entreprises. Enfin, un cadre de travail flexible, permettant aux parents qui travaillent de combiner un emploi à temps plein avec les tâches familiales, en fonction des besoins de l’entreprise et des travailleurs, constitue un atout supplémentaire.

C’est un projet ambitieux qui, associé à un nécessaire changement de culture, donnera enfin aux femmes les mêmes chances qu’aux hommes dans leur carrière professionnelle. Ce n’est qu’en unissant toutes nos forces et en ne choisissant plus la voie de la facilité qui consiste à adapter les exceptions existantes que les générations futures de femmes verront ce rêve se réaliser.

> M. Nautet et C. Piton, How does parenthood affect the careers of women and men? NBB Economic Review, décembre 2021

Photo ©belga

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