Notre marché du travail s'améliore mais l'écart avec les personnes d'origine étrangère demeure

Le monitoring socioéconomique réalisé par le SPF ETCS et Unia en est déjà à sa cinquième édition. La nouvelle édition 2022 montre que la situation des personnes d'origine étrangère sur le marché du travail en Belgique s'améliore, même si les progrès sont lents. Les personnes d'origine étrangère éprouvent donc toujours plus de difficultés sur le marché du travail belge.


Monica De Jonghe, ADMINISTRATEUR-DIRECTEUR GÉNÉRAL ET EXECUTIVE MANAGER DU CENTRE DE COMPÉTENCE EMPLOI & SÉCURITÉ SOCIALE Hanne De Roo, CENTRE DE COMPÉTENCE EMPLOI & SÉCURITÉ SOCIALE
25 octobre 2022

Le monitoring se concentre sur les thèmes spécifiques suivants : l'impact de la pandémie de COVID-19, le travail étudiant et le retard scolaire. Cette édition contient également une analyse détaillée du détachement de travailleurs étrangers. Fait intéressant pour les secteurs, des fichiers Excel comportant des données par secteur et par commission paritaire sont annexés au rapport (disponibles sur le site du SPF).

En 2019, 1/3 des 18-64 ans en Belgique sont d'origine étrangère. Outre les personnes originaires de l'UE, les groupes les plus importants sont les Maghrébins, les Africains subsahariens et des candidats à l'UE (principalement des personnes d'origine turque).

Globalement, on note une augmentation du taux d’activité pour tous en 2018-2019. Malgré cela, notre pays est confronté à quelques problèmes persistants. Ainsi, la Belgique est le pays européen avec la plus grande différence de taux d'emploi entre les personnes d'origine belge et celles d'origine étrangère. Ces différences sont importantes, même lorsque le niveau de diplôme et le domaine d'études sont identiques. Par exemple, pour les masters en ‘soins de santé et protection sociale’ d'origine belge, le taux d'emploi est encore supérieur de 12,2 points de pourcentage à celui des personnes d'origine non UE (94,4% contre 82,2%), bien qu'ils aient le taux d'emploi le plus élevé. En effet, un diplôme plus élevé accroît la chance de trouver un emploi, mais cette chance diminue avec le nombre d'années de retard scolaire. Le fait d'avoir travaillé en tant qu'étudiant a un impact important sur le taux d'emploi ultérieur. Cependant, une inadéquation regrettable subsiste : peu d'étudiants travaillent dans le secteur pour lequel ils étudient.

Le détachement a énormément augmenté ces dernières années. La Belgique occupe la 3e place (après l'Allemagne et la France). Le nombre de détachés a ainsi doublé en 10 ans. La moitié des détachements se font au départ d'un pays de l'UE-15 (principalement les Pays-Bas, la France, l'Allemagne et le Portugal). Un phénomène notable, cependant, est l'augmentation des ressortissants de pays tiers détachés par des pays de l'UE-13. Il s'agit des ressortissants de pays tiers dits de l'arrêt Vander Elst qui obtiennent un permis de travail dans un pays européen et peuvent dès lors être détachés dans d'autres pays européens. Leur nombre a quadruplé en quatre ans. Ils sont même plus nombreux que les migrants via le ‘permis unique’. Le détachement est un phénomène essentiellement masculin (96%). Certains secteurs à forte intensité de main-d'œuvre (par exemple la construction, les transports, la métallurgie, la transformation de la viande...) en dépendent fortement. La situation devient problématique pour eux en l'absence de détachement (en raison de pénuries sur le marché du travail des pays d'envoi par exemple).

FEB – Si l'on veut atteindre l'objectif d'un taux d'emploi de 80%, il faut également tabler sur la mise au travail des ressortissants non européens. Le fait que la Belgique souffre du plus grand écart de taux d'emploi entre les personnes d'origine belge et celles d'origine étrangère par rapport aux autres pays européens montre qu'il y a encore une grande marge d'amélioration. Cette situation s’explique par notre marché du travail qui est caractérisé par la segmentation (insiders-outsiders), la mobilité restreinte, la réglementation rigide du travail et l'ethnostratification. Cette dernière est une discrimination institutionnalisée, ancrée dans notre culture et notre société. Cela est particulièrement évident dans le domaine de la formation, car un diplôme identique ne signifie pas toujours une chance d'emploi identique, même avec des diplômes plus élevés.

La FEB appelle à s'attaquer enfin aux principaux obstacles structurels à notre marché du travail, tant du côté de l'offre (garde d'enfants, transport, incitants financiers) que du côté de la demande (coûts salariaux élevés). L'intégralité du magazine REFLECT ‘Outils pour un marché du travail pérenne’ y est consacrée. Outre le fait de rendre le travail plus rémunérateur et de supprimer les obstacles, il y a aussi des choses que nous pouvons faire en tant qu'employeurs, comme nous engager en faveur de la réinsertion professionnelle et valoriser tous les talents. La FEB, avec les fédérations sectorielles, croit en une approche sur mesure du secteur pour aider les entreprises à développer des politiques de diversité et d'inclusion qui répondent aux défis auxquels le secteur et l'entreprise sont confrontés. Cette approche sur mesure est la bonne réponse, par opposition à une politique à ‘taille unique’ assortie de sanctions, qui ne fonctionne tout simplement pas.

> Lisez ce qui fonctionne dans le magazine REFLECT de la FEB 'Outils pour un marché du travail pérenne'
> Consultez le cinquième monitoring socioéconomique

Photo @belga

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