Le 26 mai, l'électeur opérera trois choix cruciaux

Le 26 mai, nous nous rendrons aux urnes pour désigner nos représentants aux parlements européen, fédéral et régionaux. C'est une bonne chose dans une démocratie. Tous les cinq ans, les électeurs doivent se prononcer sur la politique menée et poser leurs choix pour la prochaine législature. Les électeurs, c'est vous et moi. Ce sont des étudiants, des travailleurs, des entrepreneurs, des allocataires sociaux, des pensionnés ... En revanche, les plus de 250.000 entreprises belges ne sont pas des citoyens appelés à voter, mais des sociétés dotées d'une personnalité juridique. Elles doivent néanmoins payer une partie importante des impôts perçus par la Belgique et ce qui se passera après le 26 mai les intéresse donc tout autant que les 6 millions d'électeurs.

Pieter Timmermans, DIRECTION GÉNÉRALE
21 mai 2019

L'électeur sera amené à faire trois choix cruciaux qui auront une influence fondamentale sur la politique de la prochaine législature, ainsi que sur son impact sur les entreprises.

Primo, il y a le choix entre cuire d'abord le gâteau et le partager ensuite ou l’inverse. Ces dernières semaines, on semble surtout vouloir distribuer des moyens inexistants. Citons l'augmentation de la pension, du salaire minimum ou des impôts. Ou encore la demande de travailler moins pour le même salaire … On promet le paradis social mais, sans bien comprendre comment, on atterrit rapidement dans un cimetière économique. Il serait nettement plus opportun, durant la première moitié de la législature, de prévoir un plan d'investissement dans l'isolation des bâtiments publics par exemple ou un droit du travail plus souple, afin que les entreprises d'e-commerce puissent s'établir en Belgique plutôt qu'aux Pays-Bas ou en Allemagne, ou une consolidation de la position concurrentielle des entreprises via une baisse des cotisations patronales de 25% à 20% pour contribuer à la poursuite de la création d'emplois et des investissements des entreprises. Une telle politique, associée à un contenu plus judicieux de l'enveloppe bien-être pour l'augmentation des allocations sociales et une baisse intelligente de l'impôt des personnes physiques durant la seconde partie de la législature, est plus conforme à l'ordre naturel des choses : d'abord créer et ensuite seulement distribuer.

Le deuxième choix a trait au rôle des partenaires sociaux. La période écoulée a été relativement mouvementée au niveau de la concertation sociale. Les syndicats revendiquaient - au propre comme au figuré - un syndicalisme d'opposition et d'immobilisme. Tout d'abord, ils ont fait preuve d'incrédulité face à la création d'emplois. Quand celle-ci était avérée, ils ont nié la qualité des emplois. Jusqu'à ce qu'elle soit prouvée, ils ont contesté les conclusions et chiffres de l'Office national de sécurité sociale et de la Banque nationale.

Dans ces circonstances, on parle immédiatement de 'primauté de la politique', mais c'est là un faux débat. Personne ne le conteste, mais les partenaires sociaux ont également leur autonomie (telle que reconnue par l'OIT) et peuvent conclure des CCT. Par ailleurs, il est généralement admis qu'une bonne collaboration entre le gouvernement et les partenaires sociaux est essentielle pour pouvoir mener une politique largement soutenue. Si le monde politique détermine l'orientation à suivre mais n'est pas disposé, par manque de temps ou de volonté, à se concerter avec les partenaires sociaux et veut à tout prix imposer ses propres décisions, il s'avère souvent que celles-ci ne produisent aucun effet ou impact sur le terrain. Il en va de même si plusieurs partenaires sociaux adoptent une attitude d'immobilisme ou d'opposition. Bref, je voudrais vivement plaider pour la conclusion d'un nouveau contrat social consacré à la collaboration entre le politique et les partenaires sociaux au début de la législature, avant que chacun adopte une attitude défensive.

Tertio, nous devrons trancher dans la problématique climatique. D'aucuns associent le climat au pouvoir d'achat, ce qui requiert une vague de nouveaux impôts ou d'augmentations d'impôts. Mais percevoir des impôts à court terme est en définitive bien plus facile que de prendre des initiatives courageuses dans le cadre d'une vision à long terme. Sans plan ambitieux en matière d’isolation et d’efficacité énergétique, nous n'arriverons à rien. Nous devons aussi continuer à miser sur une innovation tenant compte des enjeux énergétiques et climatiques. Pensons aux solutions technologiques qui permettent de réduire la consommation à des moments cruciaux, ou encore aux technologies avancées liées aux batteries et au stockage de l’énergie. Les entreprises sont également favorables à un verdissement du parc automobile et des voitures de société via le budget mobilité.

Les 250.000 entreprises belges ne pouvant se rendre aux urnes le 26 mai, les Centres de compétence de la FEB leur ont donné la parole. Ces dernières semaines, nous avons rédigé cinq notes d'information dans le cadre de la campagne intitulée 'It’s still the economy, stupid !' . L'accent y était mis sur la situation économique (scoreboard), la réforme de la sécurité sociale, la croissance et la compétitivité des entreprises, la création d'emplois et leur qualité et, enfin, les investissements des entreprises comme moteur de l'innovation et de la croissance, face au manque affligeant d'investissements publics et à la dégradation du patrimoine public.

En gros, nous serons confrontés demain à un double choix : soit nous augmentons, via des mesures durables, le pouvoir d’achat qui doit soutenir la consommation, afin de stimuler ainsi la croissance de l’emploi. Soit nous renforçons la compétitivité des entreprises pour qu’elles puissent exporter et vendre davantage en Belgique, créant ainsi plus d’emploi privé et partant plus de pouvoir d’achat. En tant que principale organisation patronale du pays, nous optons résolument pour la seconde option. La première comporte en effet une faille importante : sur chaque 100 EUR de pouvoir d’achat supplémentaire, 40 EUR ne profitent pas aux Belges (10 à 15 EUR sont économisés et 25 à 30 EUR sont dépensés à l’étranger via des achats frontaliers ou en ligne).

Si nous voulons effectivement relever les défis gigantesques dans les domaines de l'énergie, de la mobilité, du pouvoir d'achat et des inadéquations sur le marché du travail, nous aurons besoin d'entreprises solides, compétitives et innovatrices. Or, le maintien de la compétitivité de nos entreprises dépendra notamment des choix opérés par 6 millions de Belges le 26 mai prochain.


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