Les employeurs s’inquiètent de la santé mentale de leurs collaborateurs

L’Antwerp Management School (AMS), la FEB et HRPro.be ont mené en octobre une 3e enquête à grande échelle auprès de 488 chefs d’entreprise et professionnels des RH.



Joris Vandersteene, CENTRE DE COMPÉTENCE EMPLOI & SÉCURITÉ SOCIALE
16 novembre 2020

Cette enquête s'inscrit dans le cadre d'une étude à long terme sur l'impact du coronavirus sur le capital humain des entreprises, qui a débuté en mars 2020 et se poursuivra en 2021.

Les résultats révèlent que :

-  la grande majorité des employeurs (4 sur 5) s'inquiètent de la santé mentale de leurs collaborateurs. Même si la moitié d'entre eux sont impressionnés par la résilience de leurs collaborateurs, l’inquiétude reste grande. Le principal problème serait l’affaiblissement du sentiment d’appartenance en cette période de télétravail obligatoire à temps plein.

-  l'accueil en ligne et l'intégration à distance de nouveaux collaborateurs se révèle plus difficile (40%).

-  les entreprises recourent volontiers aux possibilités de collaboration en ligne. Ainsi, 70% d’entre elles perçoivent les avantages des formations en ligne et 80% sont favorables aux réunions en ligne. Enfin, 3 employeurs sur 4 ont une vision plus positive du télétravail qu’avant la pandémie.

-  la crise du coronavirus fait évoluer le travail d'un quart des travailleurs. Les employeurs adaptent le travail, occupent des travailleurs dans d'autres départements ou leur confient des tâches alternatives.

-  la confiance mutuelle (employeur-travailleur et vice versa) s'accroît. Plus de la moitié des répondants affirment faire plus confiance à leurs collaborateurs qu’avant la crise.

-  la majorité des employeurs (58%) affirment être plus favorables aux horaires flexibles qu’auparavant.

« En cette période particulière, chacun fournit des efforts supplémentaires pour continuer à travailler. Tant les employeurs que les travailleurs font preuve de plus de créativité quant au contenu du travail, à une organisation du travail plus flexible et à l’employabilité interne. En temps normal, on se heurte rapidement au droit du travail beaucoup trop strict, mais la période actuelle prouve qu’on peut faire autrement ! »  (Monica De Jonghe, Directeur général, Fédération des entreprises de Belgique)

Impact sur l’emploi

Chez la majorité des employeurs interrogés, la crise sanitaire ne se traduit pas, à ce stade, par des réductions de personnel. Ils sont davantage préoccupés par l’affaiblissement du sentiment d’appartenance (56,2%) et le départ éventuel de leurs collaborateurs (34,8%) que par l’insécurité d’emploi (17,4%).

Au cours des derniers mois, de nombreuses entreprises ont mis fin à leur collaboration avec des collaborateurs externes (free-lances, intérimaires, sous-contractants), ont recouru au chômage temporaire ou ont incité leurs collaborateurs à prendre congé.

Pour de nombreux travailleurs, la crise sanitaire implique un changement dans leur travail : chez un employeur sur quatre, le travail est adapté pour permettre de garder les collaborateurs au travail ; un employeur sur quatre mise sur une occupation temporaire dans d’autres services et un employeur sur cinq confie aux travailleurs des tâches alternatives sortant du contenu de leur fonction habituelle. Au plus fort de la crise, ces pourcentages étaient plus élevés encore. À cette époque, un tiers environ des collaborateurs étaient actifs dans d’autres services. Ce sont essentiellement les grandes entreprises qui peuvent recourir à cette solution (49,2% des répondants au plus fort de la crise). En revanche, les petites entreprises misent plutôt sur des adaptations de la fonction elle-même (41,4% y recouraient au sommet de la crise).

« Plus d’un tiers des employeurs affirment que la crise modifiera fondamentalement les emplois et carrières de leurs collaborateurs. Cela en raison notamment du recours accru à la numérisation, mais aussi de la flexibilité interne et des tâches changeantes. Il est important que les employeurs accordent de l’attention aux besoins de leurs collaborateurs pour maintenir leur employabilité suite à ces changements. Par ailleurs, ces modifications induisent également des opportunités de développer de nouvelles compétences dans la fonction proprement dite. » (prof. Dr. Ans De Vos, Antwerp Management School)

Impact sur la relation entre employeur et travailleur

54% des employeurs indiquent faire davantage confiance à leurs collaborateurs qu’avant la crise (contre 11% chez qui c’est moins). Leur confiance dans l’intégrité de leurs collaborateurs (ils font ce qu’ils disent et disent ce qu’ils font) et leurs compétences (ils sont capables de faire ce qu’ils doivent faire) est quasiment inchangée, mais 28% indiquent ressentir davantage la bonne volonté des collaborateurs à l’égard de l’organisation.

« Le contrat psychologique entre l’employeur et le travailleur (à savoir leurs attentes mutuelles) a connu de nombreux changements au cours des derniers mois. Ainsi, il était par exemple attendu de nombreux travailleurs qu’ils organisent eux-mêmes leur travail, entourés non pas de leurs collègues, mais de leur famille. La croissance de la confiance des employeurs dans leurs travailleurs suite à une telle période ne peut qu’avoir des répercussions positives sur leur relation future. » (prof. dr. Kathleen Vangronsvelt, Antwerp Management School)

Cette confiance accrue pourrait bien expliquer l’attitude plus positive de nombreux employeurs (58%) à l’égard des horaires flexibles, ainsi que l’aisance relative avec laquelle ils trouvent un équilibre entre l’autonomie qu’ils accordent à leurs collaborateurs et leur suivi. 8% seulement des répondants affirment que cela ne se passe pas bien (du tout) au sein de leur organisation.

« Moins suivre les résultats n’est pas positif pour le bien-être mental des collaborateurs. Certains employeurs veulent ménager leur personnel, parce qu’ils pensent que c’est déjà bien assez difficile de combiner travail et vie privée ou de supporter la solitude. Mais le fait de ne pas poser de questions sur une échéance dépassée ou une mission oubliée interroge les collaborateurs sur l’utilité de leur travail. Le fait d’avoir l’impression que travailler ou pas ne change rien pour l’employeur ne favorise pas le sentiment de raison d’être et donc la santé mentale des collaborateurs. »

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