Coronavirus : les enseignements à retenir

Le Dr Ben De Brucker, président de Medische Wereld, a réussi à rassembler la crème de la crème pour le grand ‘Corona Debat’ qu’il a organisé le 9 mai 2020 à la VUB. Tous les virologues de renom étaient présents, de même que le monde politique et quelques acteurs économiques. 


Pieter Timmermans, DIRECTION GÉNÉRALE
12 mai 2020

Au moment de me préparer à ce débat, je me suis demandé ce que nous avions déjà appris de cette crise. Même si elle est loin d’être finie, les dernières semaines nous ont déjà livré quelques analyses intéressantes et enseignements à retenir. Cette réflexion est d’autant plus nécessaire que nous sommes confrontés à une crise sans précédent : elle a été rapide (en quelques jours, l’économie était à moitié à l’arrêt) et profonde (la plus forte baisse depuis plus de 100 ans). Qu’en ai-je retenu ? 

 1. Stabilisateurs 

La sécurité sociale est souvent considérée, à juste titre, comme un important stabilisateur. Le chômage temporaire pour force majeure a protégé des centaines de milliers de travailleurs contre le licenciement et donc contre une perte substantielle de revenus et de pouvoir d’achat. Il a également aidé les entreprises à traverser cette crise inédite. Par ailleurs, le report de paiement des cotisations ONSS et des impôts a fourni aux entreprises l’oxygène dont elles avaient besoin. Heureusement, nous disposons d’un deuxième stabilisateur : la technologie. Que serait-il advenu si cette pandémie nous avait touchés dans les années 1960 ou 1970 ? Nous n’aurions alors pas eu un million de chômeurs temporaires, mais sans doute le double. Aujourd’hui, la moitié du secteur privé a pu continuer à fonctionner d’une manière ou d’une autre, grâce à la technologie internet, aux vidéoconférences, aux systèmes de gestion des documents et des connaissances, à l’internet des objets, aux smartphones… On voit clairement aujourd’hui que la digitalisation de notre société n’est pas une menace, mais une opportunité. 

2. Un lockdown économique en quelques jours 

La crise a également démontré qu’il est assez facile d’arrêter complètement l’économie en quelques jours, mais que le redémarrage de certains secteurs prendra des mois. Pour un pays exportateur comme la Belgique, dont la chaîne de valeur (matières premières – transformation – production intermédiaire – transport – consommateur) s’étend sur plusieurs pays ou continents, le redémarrage est encore plus complexe. Le produit intérieur brut (PIB) chute très vite, la reconstruction est plus progressive. À cela s’ajoute l’approche divergente adoptée en Europe en ce qui concerne l’ouverture et la fermeture des frontières : il n’est donc pas étonnant que la reprise économique s’étalera sur plusieurs mois (voire plusieurs années). 

3. Protéger les secteurs stratégiques  

Au fil des années, la Belgique a plutôt tiré avantage de la mondialisation. Notre ouverture sur le monde nous a rapporté beaucoup. Motivés en partie par des raisons de compétitivité des coûts et en partie par la recherche des processus de production les plus efficaces, nous sommes progressivement devenus plus dépendants des connexions et des relations internationales. Nous devons plus que jamais nous demander aujourd’hui si nous ne devons pas protéger nos secteurs stratégiques. Un exemple : autrefois, nous soutenions beaucoup le secteur pharmaceutique. Aujourd’hui, nous constatons que ce secteur est un des grands acteurs mondiaux. Grâce à cela, nous sommes en position de force en ce qui concerne les produits chimiques nécessaires aux tests (réactifs), les matériaux de prélèvement (e.a. via l’impression 3D), les technologies médicales (e.a. imagerie) et l’habillement. En revanche, les masques buccaux sont un produit trop simple pour que leur production à petite échelle soit encore rentable en Belgique. Pour l’avenir, nous devons toutefois envisager de garder en Belgique ou en Europe un appareil de production pour certains produits. 

4. Télétravail 

Comme on l’a déjà souligné, nous avons la chance aujourd’hui d’avoir un réseau de télécommunications qui fonctionne bien et des outils numériques très répandus. Grâce à cela, 25 à 30% des travailleurs ont pu rester actifs à distance pendant la crise. De plus, la nécessité est devenue vertu, puisque de nombreuses personnes ont appris à maîtriser les outils informatiques nécessaires. Pour beaucoup, cette crise a constitué la formation en ligne la plus directement utile de leur carrière. Outre le télétravail, nous avons appris à nous réunir autrement et à respecter les rendez-vous de manière plus scrupuleuse. Je ne me prononce pas sur l’efficacité ou l’agrément de la formule lorsque deux partenaires travaillent à la maison. Mais plus aucune entreprise ou organisation ne pourra exclure cette forme de travail ‘à distance’. Dans le même contexte, il est sans doute opportun d’examiner d’un autre œil la problématique de la mobilité. 

5. Beaucoup de solidarité et de résilience 

Ces dernières semaines, j’ai reçu de nombreux appels d’entrepreneurs inquiets ou même désespérés. J’ai passé beaucoup de temps à réconforter, écouter et tenter d’aider en suggérant des propositions et des mesures : une période intense, mais qui m’a apporté énormément de satisfaction. Progressivement, la solidarité, la créativité et la résilience de nos entrepreneurs ont crû. Contraintes d’arrêter leurs activités, des entreprises ont préféré s’organiser en ligne plutôt que mettre genou à terre. Celles qui ne pouvaient plus vendre leurs produits se sont converties dans d’autres produits pour lesquels il y avait un marché. Des producteurs de boissons alcoolisées ont fabriqué du gel désinfectant. Ceux qui faisaient des bannières pour les festivals impriment aujourd’hui du matériel de signalisation pour garantir la sécurité dans les magasins. 

Cette solidarité et cette résilience ont tout particulièrement pu être observées dans le secteur des soins de santé. Véritables gestionnaires de crise, les directions des hôpitaux sont rapidement parvenues à transformer ceux-ci en unités spécialisées dédiées au COVID-19 sans interrompre la chaîne logistique. Le nombreux personnel soignant, à pied d’œuvre nuit et jour pour lutter contre le virus, a également fait preuve d’une grande souplesse et s’est engagé sans relâche pour sauver des vies durant cette crise sanitaire sans précédent.

6. Nécessité d’une unité de commandement 

Dans une situation de guerre, il faut une unité de commandement. Il en va de même dans cette crise du coronavirus. Le Conseil national de sécurité devait incarner cette unité. Admettons qu’il aurait pu faire mieux. Le fait que chacun doive encore fournir son interprétation des décisions au terme de chaque conseil n’a pas contribué à la clarté de celles-ci. Certaines décisions ont été prises sans coordination entre les différents niveaux politiques (cf. les compléments dans le cadre du chômage temporaire) et des propositions ont été annoncées sous réserve d’être confirmées par le Conseil national de sécurité. On peut se consoler en constatant que la gestion de la crise n’a pas toujours été cohérente et fluide dans d’autres pays. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant. En effet, il n’existe pas de feuille de route pour de telles crises. Tous les pays ont dû passer par le même processus d’apprentissage. 

7. La concertation sociale, un acteur important 

Quel sens donner aujourd’hui au « primat de la politique » ? Cette crise sanitaire a montré que le monde politique et la société civile ont intérêt à collaborer. La réouverture des écoles a fait l’objet d’une concertation intensive avec les instances de l’enseignement. Les mutualités sont chargées du suivi des contacts des patients infectés. Et pour la réouverture des entreprises, on compte sur le Groupe des 10 (négociateurs clés des employeurs et des syndicats) et les secteurs pour trouver avec eux un soutien suffisant pour un assouplissement du lockdown. Il est indéniable que la société civile joue un rôle précieux et indispensable en temps de crise. Il faut que cela continue ! 

8. Manque de cadre européen 

Enfin, notre économie exportatrice ne pourra redémarrer correctement que si les frontières s’ouvrent et si nous pouvons à nouveau importer et exporter des marchandises. La mobilité des personnes est également cruciale pour nos entreprises. En effet, de nombreuses exportations de biens et de services complexes dépendent de l’expertise humaine. Une coordination européenne efficace est indispensable dans ce cadre. Un pays ne peut amorcer le redémarrage de ses entreprises si elles n’ont pas la possibilité d’importer les matières premières dont elles ont besoin ou d’exporter leurs produits finis et l’expertise correspondante. 

La crise actuelle démontre la nécessité d’une Europe forte. Un défi énorme attend les chefs d’État et de gouvernement européens.  

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La gestion de la crise du coronavirus fera encore couler beaucoup d’encre au cours des prochaines semaines et des prochains mois. Les réflexions que je vous ai livrées ici ne sont qu’une première amorce. Les points titrés en vert sont pour moi source d’espoir et d’encouragement. Les enseignements marqués en rouge doivent nous inciter à la réflexion et à l’action. Continuons à entretenir et à améliorer nos points positifs (en vert) et attaquons-nous vite et bien à ceux qui le sont moins (en rouge). 

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