Le premier à franchir la ligne n’a pas gagné

Le vaccin contre le COVID-19 domine toutes les conversations et est désormais véritablement le symbole de l’espoir. Alors que jeunes et vieux, travailleurs et employeurs sont contraints depuis près d’un an déjà de vivre et de travailler avec de lourdes mesures de précaution et l’interdiction d’effectuer de nombreuses activités, tout le monde cherche désespérément la lumière au bout du tunnel. Et le vaccin doit fournir cette lumière. Toute discussion à ce sujet est donc chargée d’émotion. Nous pensons, à tort pour l’instant, que nous retrouverons notre liberté grâce à la vaccination.


Monica De Jonghe, CENTRE DE COMPÉTENCE EMPLOI & SÉCURITÉ SOCIALE
03 février 2021

Les partenaires sociaux, les organisations d’employeurs et de travailleurs ont, à la demande de la task force Stratégie de vaccination, adopté une position sur la question délicate de savoir quelle profession sera vaccinée en premier. Et cette position mûrement réfléchie en a surpris plus d’un, notamment dans le monde politique. En effet, les partenaires sociaux sont clairs et unanimes : pas de vaccination prioritaire pour certains secteurs, professions ou fonctions. 

Donnez-vous alors la priorité à une personne en bonne santé plutôt qu’à une personne dont la santé est plus fragile du seul fait de sa profession ? Si elle est infectée, la première sera souvent à peine malade, alors que la seconde risque beaucoup plus d’en mourir. Très difficile à justifier d’un point de vue éthique… L’argument le plus entendu est que la continuité de certaines activités doit absolument être assurée, ce qui est évidemment vrai. Nous ne voudrions pas voir les services de santé s’effondrer et la nourriture et l’énergie se raréfier. La question clé est de savoir si la vaccination garantira cette continuité et la réponse est non ! En dehors du secteur des soins, les activités ont été perturbées non pas tant en raison de l’absentéisme dû à la maladie suite à une infection, mais en raison de l’obligation de quarantaine. Et cette obligation sera maintenue, du moins jusqu’à ce que le taux de vaccination total soit suffisamment élevé. De plus, l’absentéisme est toujours dû aussi à d’autres motifs : maladie, accidents, problèmes psychosociaux… qui ne seront pas résolus par le vaccin. Afin d’assurer la continuité des activités, le strict respect des mesures visant à prévenir la propagation du virus est beaucoup plus important que la vaccination. 

Tout secteur ou profession qui affirme être essentiel a à la fois raison... et tort. Le caractère essentiel est presque toujours considéré sous l’angle de sa propre logique professionnelle. Cependant, nos activités économiques et sociales sont si étroitement liées qu’aucun secteur ou groupe professionnel ne peut fonctionner « seul ». Cela nous amène à l’aspect pratique de la question : est-il possible d’établir des critères et de délimiter les professions essentielles, les secteurs cruciaux et les fonctions critiques ? Bien sûr, mais indépendamment du temps que cela prendrait, le résultat ne ferait pas l’unanimité et ces critères seraient critiqués et contestés. De plus, nous manquons de données fiables sur les fonctions présentant le plus grand risque et, de manière générale, le « travail » n’est pas une source majeure de contamination. Si nous décidons néanmoins d’introduire des critères, cela déclenchera inévitablement une avalanche administrative. Il faudra alors vérifier les critères par rapport aux données sur les professions et les secteurs, établir des listes de noms, vérifier qui a déjà été vacciné pour des raisons de santé, répartir les personnes entre les différents centres de vaccination, etc. La priorité pourrait alors se traduire par d’importants retards. 

Le message de la FEB, à l’unisson avec les autres partenaires sociaux, est donc le suivant : ne donnez pas la priorité à certains secteurs ou groupes professionnels. Il faut d’abord suivre une logique sanitaire, puis organiser et accélérer l’ensemble du processus de vaccination pour toute la population. À notre avis, c’est le moyen le plus rapide de ramener la vie économique et sociale à la « normale ». L’approche proposée, basée sur la solidarité, est donc préférable et évite des discussions interminables. Les dissensions et la perte de motivation ne font que repousser le résultat final. Dans leurs discours de la semaine dernière, le roi Philippe et le Premier ministre Alexander De Croo semblent avoir bien intégré notre message : « Si l’époque que nous vivons nous a bien appris une chose, c’est que les divisions affaiblissent. »

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