Rompre avec la mentalité du ‘malade ou en bonne santé’

426.607 de nos concitoyens sont en incapacité de travail depuis plus d’un an. Ils sont à peu près autant en incapacité de travail depuis moins d’un an. Quelque 800.000 personnes restent donc actuellement chez elles pour cause de maladie. La solution du 20e siècle, consistant à garder les gens chez eux quelles que soient leurs capacités restantes, n’est plus adaptée. A fortiori en période de pénurie sur le marché du travail et vu la pression qu’exerce le vieillissement de la population sur la sécurité sociale. Nous devons rompre avec la mentalité du ‘malade ou en bonne santé’ et miser plus que jamais, en priorité, sur la prévention et la réintégration.


Louis Warlop, CENTRE DE COMPÉTENCE EMPLOI & SÉCURITÉ SOCIALE
29 mai 2019

Travailler plus longtemps et en meilleure santé
Aujourd’hui, la part des plus de 65 ans dans la population belge s’élève à 19%. D’ici 20 ans, elle atteindra les 25% et elle devrait ensuite se maintenir à ce niveau jusque 2071 au moins selon les projections actuelles. Dans les années à venir, ce groupe continuera dès lors à croître au sein de la population active. Et qui dit travailleurs plus âgés dit également plus de risques pour la santé. Le débat sur l’incapacité de travail, l’allongement de la carrière et le travail en bonne santé n’est pas prêt de se tarir.

La problématique de l’incapacité de travail est en grande partie liée au vieillissement, mais pas uniquement. Ainsi observe-t-on par exemple une augmentation du nombre de jeunes dans la vingtaine ou dans la trentaine en incapacité de travail pour cause de troubles psychiques.

Capacités restantes du travailleur et possibilités pour l’employeur
Des études internationales ont démontré à maintes reprises que travailler contribue au bien-être personnel. L’accompagnement à la reprise du travail s’avère dès lors bénéfique à la fois pour l’individu et pour la société. Cela signifie-t-il pour autant qu’il faille retourner coûte que coûte au travail ? Il est important que toute personne capable de travailler soit effectivement au travail. La notion de ‘capacités restantes’ est centrale à cet égard. Une évaluation correcte et régulière des capacités du travailleur, combinée aux possibilités raisonnables dont dispose l’employeur pour lui fournir un travail adapté, voire un autre travail, est la clé pour pouvoir accompagner davantage de travailleurs en incapacité plus rapidement vers une reprise du travail, chez le même employeur ou non.

Mieux vaut prévenir que guérir
Les troubles musculosquelettiques et les troubles psychiques sont les deux principaux types de pathologies rapportés. Or, les chiffres révèlent que la moitié des entreprises seulement font régulièrement appel à un ergonome, et que moins de 4 entreprises sur 10 font régulièrement appel à un psychologue. Les services externes de prévention et de protection au travail restent encore trop axés sur l’évaluation de santé périodique classique et n’adaptent pas suffisamment le travail de leurs conseillers en prévention en fonction des risques les plus courants.

La sécurité sociale doit, elle aussi, miser davantage sur la prévention. Cette année, au niveau de l’assurance maladie-invalidité, 6,2 milliards EUR seront consacrés aux allocations, et moins de 75 millions EUR à des initiatives de recyclage, par exemple. Seuls 2,1% du budget belge des soins de santé sont affectés à la prévention, la moyenne européenne étant de 3%.

Instruments de réintégration
De plus en plus d’entreprises trouvent leur chemin dans le monde complexe de la réintégration. Elles sont ainsi de plus en plus nombreuses à opter pour des trajets de réintégration formels ou des visites plus informelles préalables à la reprise du travail. Néanmoins, les échos qui nous parviennent montrent que les entreprises ont besoin d’être davantage soutenues pour pouvoir mener une véritable politique de réintégration et pour permettre la reprise d’un travail adapté ou d’un autre travail. La situation diffère par ailleurs selon qu’il s’agit de grandes ou de petites entreprises.

Les chiffres de l’assurance-maladie révèlent que le nombre de reprises du travail à temps partiel ne cesse d’augmenter chaque année, ce qui est positif car cela montre qu’il est possible de travailler même lorsque l’on souffre d’un problème de santé. D’autres trajets de réintégration sont également coordonnés par les mutualités, mais faute de chiffres suffisants, il n’est pas possible pour le moment de se prononcer quant à leur succès. Ces trajets n’en demeurent pas moins très importants. Ils offrent aux gens la possibilité de se recycler ou de se faire orienter vers un nouvel emploi.

Collaboration entre les médecins
La pénurie aiguë de médecins du travail et de médecins-conseils constitue un autre problème fondamental. Les médecins sont trop peu nombreux pour soutenir chaque entreprise dans la mise en place d’une politique de réintégration et pour proposer un trajet sur mesure à chaque travailleur ou assuré social. Toutes les parties doivent dès lors examiner comment davantage de personnes pourraient être touchées plus efficacement. En outre, les différents groupes de médecins opèrent encore trop souvent chacun de leur côté. Il n’existe pas d’échange structuré des données entre médecins traitants, médecins-conseils et médecins du travail, qui permettrait de suivre le trajet de réintégration des personnes concernées.

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