FEB Communiqué de presse

19 juin 2019
NL

La Belgique peut réduire ses émissions de CO2, mais cela ne sera pas facile à réaliser

La poursuite des réductions des émissions de gaz à effet de serre belge d'ici à 2030 est possible à condition de réaliser des investissements considérables et de surmonter plusieurs obstacles. C'est ce qui ressort d'une étude du Boston Consulting Group (BCG) réalisée à la demande de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). L’objectif poursuivi par l’étude, dont le rapport est présenté aujourd’hui à la FEB en présence de nombreux chefs d’entreprise, consiste à analyser les options dont dispose notre pays pour diminuer ses émissions de CO2.

Le rapport comporte cinq grandes observations, mettant chaque fois l'accent sur l'horizon 2030 et sur les secteurs des transports, des bâtiments et de l'industrie.

1. Une réduction accélérée des émissions de CO2 est possible, mais complexe à divers égards

En principe, une réduction de 36 millions de tonnes est possible d'ici à 2030, mais elle semble tout sauf évidente. A politique inchangée, il y aura déjà une réduction 'spontanée' de 12 millions de tonnes, grâce notamment à la rénovation en cours des bâtiments, à l'augmentation prévue de l'efficience énergétique des voitures et des camions, ... Une réduction additionnelle de 24 millions de tonnes requiert la mise en œuvre de cinq leviers importants mais incertains :

- Une utilisation plus intensive de la biomasse et du gaz naturel (6,5 Mt)

- Le stockage et le recyclage du CO2 (6 Mt)

- Le verdissement accéléré du parc automobile grâce aux véhicules électriques (3 Mt)

- La rénovation énergétique accélérée des bâtiments (2,5 Mt)

- Les 6 Mt restants peuvent être réalisés au moyen de plusieurs mesures de moindre envergure et plus fragmentées, comme l'utilisation d'appareils ayant un meilleur rendement énergétique.

2. Des investissements considérables sont une condition sine qua non

Cette réduction additionnelle de gaz à effet de serre de 24 millions de tonnes requiert toutefois des investissements considérables, d'un montant de 25 à 35 milliards EUR (un peu moins d'1% du PIB sur une base annuelle). Les besoins d'investissements sont importants dans tous les secteurs, mais principalement dans les bâtiments (12 à 18 milliards EUR). Certains investissements doivent être réalisés le plus vite possible comme les bornes de recharge pour les voitures électriques. D'autres devront en revanche être effectués dans une perspective à plus long terme, comme le stockage et le recyclage du CO2.

Ce ne sera pas facile, car la plupart des mesures identifiées ont une mauvaise rentabilité. Cependant, les investissements réalisés ont un effet multiplicateur : ils stimulent la demande intérieure, ce qui peut accroître sensiblement l'emploi dans le secteur privé.

3. Pour les secteurs non ETS, les objectifs fixés pour 2030 seront difficiles à atteindre

L'objectif belge fixé pour les secteurs non ETS (comme le transport, les bâtiments, l'agriculture et les déchets) d'une réduction de 35% d'ici à 2030 par rapport à 2005 est réalisable d'après le BCG, mais le chemin pour y parvenir sera extrêmement ardu.

- Le point positif est qu'à politique inchangée, il y aura déjà une réduction importante des émissions.

- Parmi le solde des réductions nécessaires, le BCG estime qu'un tiers ne devrait pas poser problème. En effet, l'analyse des projets en question est positive en termes financiers.

- En revanche, pour les autres réductions additionnelles, bon nombre d'investissements impliquent des coûts élevés pouvant atteindre 150 EUR par tonne de CO2 non émis.

Le BCG conclut dès lors que la réalisation de cet objectif devient très difficile et qu'il ne semble donc pas réaliste de vouloir l'augmenter, comme suggéré récemment.

4. Pour les secteurs ETS, il y a beaucoup d'incertitudes en termes d'investissements et de compétitivité

Les efforts fournis par les secteurs soumis à l'ETS entre 2005 et 2016 sont conséquents, avec une réduction des émissions de CO2 de 23 millions de tonnes. BCG estime qu'entre 2019 et 2030, l'industrie devrait en principe techniquement pouvoir diminuer encore ses émissions de 14 millions de tonnes, grâce notamment :

- à la transition vers la biomasse et le gaz naturel (6,5 Mt)

- au stockage et au recyclage du CO2 (6 Mt), en jargon Carbon Capture Utilization (CCU) et Carbon Capture Storage (CCS)

- aux réseaux de vapeur industriels (0,6 Mt)

Le recours à ces piliers entraîne toutefois des défis gigantesques :

- D'une part, s'il subsiste encore quelques mesures rentables (généralement axées sur la modernisation), la majorité d’entre elles ne le sont pas du tout.

- Les mesures de CCS ou les réseaux de chaleur requièrent des investissements considérables et une bonne coordination entre les acteurs (dans le cas du CCS même au niveau international).

- Le développement rapide de technologies comme la CCU est essentiel.

- Il faut une disponibilité suffisante de biomasse durable.

Une question fondamentale consiste à savoir comment ces piliers, qui impliquent pour la plupart un coût de plus de 50 EUR/tonne de CO2, peuvent être mis en œuvre dans un environnement international où la concurrence sévère des entreprises étrangères ne permet pas de répercuter ces coûts additionnels dans les prix.

5. Une politique énergétique à long terme mûrement réfléchie s'impose

La FEB et ses fédérations sectorielles sont favorables à une vision énergétique à long terme et facilitant les investissements nécessaires. Cela requiert avant tout une bonne collaboration intra-belge, mais aussi une coopération avec les pays voisins et au niveau européen. En effet, certains défis peuvent difficilement être relevés à l'échelle nationale, comme la réduction des émissions des poids lourds.

Conclusion

Par le biais de l'étude réalisée par le BCG, la FEB entend dresser un état de la situation clair des différentes options dont dispose la Belgique pour réduire ses émissions de CO2 à l'horizon 2030, des recettes ou coûts de chacune d'entre elles et des principaux obstacles à leur réalisation.

Il n'est pas exagéré de dire que la Belgique est confrontée à un défi énorme. Les secteurs non ETS, soumis à un objectif national, n'ont réalisé que très peu de progrès au cours des dernières années. L'étude BCG montre pourtant qu'il existe des pistes, comme la rénovation en profondeur des bâtiments et le déploiement d'une mobilité électrique. L'étude révèle clairement aussi que d'importantes mesures complémentaires seront nécessaires pour atteindre l'objectif fixé pour 2030. Dès lors, il est essentiel de relever le niveau de la politique climatique belge, en commençant par l'amélioration du projet de Plan National Energie-Climat (PNEC), à ce jour insuffisamment cohérent, étayé et concret.

Pour ce qui est des secteurs industriels soumis à l'ETS, diverses mesures peuvent encore être prises pour améliorer l'efficience énergétique, même s’il est évident que leur potentiel diminue progressivement et que pour éviter de grandes quantités d'émissions, il faudra se tourner vers d'autres solutions telles que l'utilisation de la biomasse comme source énergétique ou le stockage et le recyclage du CO2. Or, ces mesures ne sont pas évidentes. Elles représentent un coût substantiel que les entreprises ne peuvent pas toujours répercuter, car les entreprises étrangères non-européennes concurrentes ne doivent pas atteindre les mêmes ambitions climatiques. Il faudra en outre effectuer des travaux d'infrastructure coordonnés intenses en capital et des problèmes pourraient survenir au niveau de leur acceptation publique. Un débat ouvert s'impose dès lors à ce sujet.

L'étude conclut sur un constat très pertinent dans le contexte belge, à savoir la nécessité d'une politique stable à long terme, opérant des choix mûrement réfléchis. "Attelons-nous-y ensemble au cours des mois à venir. La FEB espère que le dossier énergétique sera l'une des principales priorités des prochains gouvernements fédéral et régionaux, parallèlement au marché du travail et à la problématique de la mobilité", conclut Bernard Gilliot, président de la FEB et organisateur de cet événement.


PRESSE
COMMUNICATION & EVENTS
19 JUIN 2019

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Porte-parole des entreprises de Belgique, la FEB représente – au travers d’une quarantaine de fédérations sectorielles membres – plus de 50.000 petites, moyennes et grandes entreprises. Ensemble, elles assurent 75% de l'emploi dans le secteur privé, 80% des exportations et 2/3 de la valeur ajoutée créée en Belgique. Seule coupole d’employeurs au niveau interprofessionnel, la FEB représente les entreprises des trois Régions du pays.
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